Une performance décevante pour un pays aussi riche
Dans son plus récent rapport, l’UNICEF révèle que le Canada n’offre pas des conditions de vie à la hauteur de son statut économique pour les enfants et les jeunes. Se classant 19e sur 36 pays riches dans le Bilan Innocenti 19, le pays affiche un rendement en demi-teinte qui met en lumière des lacunes criantes, particulièrement en matière de santé mentale. Ce classement éloigne le Canada du peloton de tête composé des Pays-Bas, du Danemark et de la France, ainsi que de nations moins riches comme le Portugal et l’Espagne, qui surpassent le Canada sur plusieurs plans.
Selon UNICEF Canada, ces résultats stagnants interviennent malgré une augmentation significative de la richesse nationale au cours des 25 dernières années, ce qui suggère que les enfants canadiens ne profitent pas équitablement de cette prospérité.
L’enfance canadienne sous tension
Dans un rapport sommaire d’accompagnement intitulé L’enfance interrompue, UNICEF Canada souligne la dégradation du bien-être subjectif chez les jeunes : près d’un sur cinq déclare être souvent victime d’intimidation, et un nombre similaire se sent régulièrement seul à l’école. En 2022, seulement 76 % des enfants se disaient satisfaits de leur vie, contre 83 % en 2010. L’un des constats les plus troublants demeure le taux élevé de suicide chez les adolescents, plaçant le Canada au 33e rang à ce chapitre.
Par ailleurs, un enfant sur quatre au pays affirme éprouver des difficultés à se faire des amis, ce qui le positionne au 28e rang des pays évalués sur cet indicateur. Seule lumière au tableau : le Canada figure au 6e rang en matière de compétences scolaires, seul secteur où il rejoint le groupe de tête.
Une « polycrise » qui affecte les jeunes
Les conclusions du rapport s’inscrivent dans un contexte particulièrement éprouvant pour les jeunes générations. L’UNICEF évoque une « polycrise » : les séquelles de la pandémie, la montée du coût de la vie et la pression psychologique croissante liée aux médias sociaux forment un cocktail toxique pour le développement émotionnel et social des enfants.
Matin Moradkhan, défenseure jeunesse chez UNICEF Canada, appelle à un changement fondamental : « Une bonne santé mentale est la fondation de l’enfance, et pourtant elle continue d’être négligée. Nous demandons des réformes dans les systèmes d’éducation, de financement et de soins pour que chaque enfant puisse s’épanouir. »
Des politiques publiques insuffisantes
UNICEF Canada souligne que les politiques actuelles, bien qu'existantes, n’ont pas permis de répondre efficacement aux bouleversements sociaux et aux besoins croissants des jeunes. Pour pallier ces carences, l’organisation recommande un ensemble de mesures concrètes, notamment :
- Le renforcement des programmes de revenu, des congés parentaux, de l’alimentation scolaire et de la garde à prix abordable;
- La création d’un commissaire national à l’enfance chargé de maintenir les droits des enfants au cœur des politiques gouvernementales;
- L’élargissement de l’accès aux services de santé mentale, en incluant les jeunes enfants dans les initiatives fédérales existantes;
- L’application pleine et entière du principe de Jordan afin d’assurer l’équité d’accès pour les enfants des Premières Nations.
Agir maintenant pour bâtir un avenir plus juste
Pour Sevaun Palvetzian, présidente et chef de la direction d’UNICEF Canada, ce bilan n’est pas qu’un avertissement : il est un appel à l’action. « Le Canada se trouve à une importante croisée des chemins. Ce n’est pas en nous reposant sur nos lauriers que nous préparerons l’avenir dont nous avons besoin – ou que nos enfants méritent. »
Les recommandations formulées par l’UNICEF visent à soutenir la construction d’un filet social plus résilient et équitable pour les générations futures. L’amélioration de la santé mentale, la lutte contre l’isolement et l’accessibilité aux services fondamentaux doivent devenir des priorités si le Canada souhaite véritablement offrir à ses enfants un avenir digne de leur potentiel.
Source : UNICEF Canada / CNW