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Immigration au Québec : cinq questions économiques pour guider les choix à venir
Alors que le Québec prévoit déposer une nouvelle planification de l'immigration à l'automne, l’Institut du Québec (IDQ) publie une étude éclairante répondant à cinq grandes questions économiques. Loin des discours polarisés, cette réflexion vise à recentrer le débat sur les véritables enjeux : revitalisation des régions, pénurie de main-d’œuvre, création de richesse, seuils d’immigration et intégration durable.

L’immigration ne peut pas tout régler : un équilibre à trouver
L’étude de l’IDQ commence par poser un constat fondamental : l’immigration ne peut simultanément répondre à tous les objectifs économiques. Si certains souhaiteraient qu’elle revitalise les régions, d’autres misent sur elle pour accroître la richesse collective ou pallier les pénuries de main-d’œuvre. Or, comme le souligne Emna Braham, PDG de l’IDQ, « attendre de l’immigration qu’elle règle tous nos problèmes, ou au contraire lui attribuer tous les torts, ne fait qu’alimenter un débat stérile ». Le Québec devra donc faire des choix, en toute transparence et selon des priorités clairement définies.
Revitalisation régionale : l’immigration temporaire en première ligne
Alors que les immigrants permanents continuent de privilégier Montréal (48 % en 2023), l’immigration temporaire se répartit plus équitablement sur l’ensemble du territoire québécois. En Mauricie, au Bas-Saint-Laurent ou au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le nombre d’immigrants temporaires a connu une forte progression, contribuant à une reprise démographique dans des régions auparavant en déclin.
Le programme des travailleurs étrangers temporaires, notamment, permet à 81 % de ses participants de s’établir en région. Cependant, ces séjours sont souvent de courte durée et concernent surtout une main-d’œuvre peu qualifiée. Résultat : bien qu’utiles pour soutenir les économies locales, ces profils ne contribuent que peu à la croissance du PIB par habitant, un objectif que vise plutôt l’immigration permanente économique dans les grands centres.
Productivité et richesse : la force des travailleurs qualifiés
Les immigrants permanents qualifiés – notamment ceux déjà présents au Québec comme travailleurs temporaires ou étudiants – représentent un levier important pour stimuler l’économie. En 2022, ces « demandeurs principaux » du programme économique gagnaient 36 % de plus que la moyenne québécoise un an après leur admission.
Ce succès s’explique en partie par leur expérience préalable sur le territoire, qui facilite leur intégration sociale et professionnelle. Toutefois, l’approche dite « en deux étapes » fonctionne surtout pour les profils hautement qualifiés, limitant son potentiel à certains secteurs. Pour que l’immigration génère réellement une augmentation du PIB par habitant, il est donc essentiel de miser sur des profils adaptés et sur un chemin clair vers la résidence permanente.
Pénuries de main-d’œuvre : un ciblage plus fin à privilégier
L’IDQ met en garde contre l’utilisation de l’immigration pour répondre à des pénuries conjoncturelles. En période de ralentissement économique, ces travailleurs sont souvent les premiers à être touchés par les pertes d’emploi. L’étude recommande de privilégier les secteurs où les besoins sont structurels et où la formation locale ne suffit pas à combler la demande.
Quatre groupes de métiers sont ainsi identifiés : les services professionnels (comme les infirmiers), les services généraux (préposés, serveurs), les techniciens (ex. inhalothérapeutes) et les métiers spécialisés (électriciens, mécaniciens). À titre d’exemple, le Québec aurait besoin de 6 400 infirmiers supplémentaires, un objectif difficile à atteindre sans recourir à l’immigration. Cependant, les barrières réglementaires – comme la reconnaissance des diplômes – freinent encore trop souvent l’intégration de ces professionnels.
Croissance démographique : freiner pour mieux intégrer
L’immigration a largement contribué à la croissance de la population active au Québec en 2024 (+1,9 %), mais cette dynamique pose des défis. Le Québec fait face à une productivité stagnante (+0,8 % par an entre 2009 et 2019), ce qui limite les gains réels de richesse par habitant. L’IDQ plaide pour un retour à une croissance plus modérée, alignée sur les capacités d’intégration et les infrastructures disponibles.
Pour maintenir une croissance annuelle de la population active à 0,7 %, l’Institut propose de conserver le seuil actuel d’immigration permanente (60 000 personnes par an), mais de réduire de 39 % l’immigration temporaire, qui serait plafonnée à 70 000 admissions par an. Une réduction drastique, mais compensable par une stratégie de transition.
Une transition vers une immigration mieux structurée
Plutôt que de procéder à une coupure brutale, l’IDQ propose une transition progressive. Cela passerait notamment par une hausse temporaire du seuil d’immigration permanente à 90 000 personnes par an, le temps d’offrir un accès plus large à la résidence permanente aux travailleurs et étudiants qualifiés déjà présents. Cette approche vise à maximiser les retombées économiques tout en assurant une meilleure stabilité et intégration.
Le gouvernement québécois prévoit d’ici l’automne une planification officielle qui, pour la première fois, inclura l’immigration temporaire. Cette perspective est saluée par l’IDQ, qui insiste sur l’importance d’une vision à long terme et d’une politique cohérente. « Une approche stable et prévisible est essentielle pour favoriser la confiance, stimuler l’économie et faciliter l’intégration des nouveaux arrivants », conclut Emna Braham.
Source : Institut du Québec
Ressources et références
Date de parution : 2025-06-04
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Publié par : Mon Index