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Mi-carrière : l’Institut du Québec met en lumière les défis et inégalités vécus après 45 ans
Une étude de l’Institut du Québec révèle que la période de mi-carrière, souvent marquée par le doute et les contraintes financières, cache des enjeux importants pour les travailleurs expérimentés et pour l’économie québécoise.

À 45 ans, bon nombre de personnes se questionnent sur leur vie professionnelle : Ai-je réussi? Est-il trop tard pour changer de carrière? Combien d'années ai-je encore envie de travailler? Ces doutes, typiques de la mi-carrière, influencent les choix bien avant l'âge officiel de la retraite. Au Québec, cette réflexion est d’autant plus cruciale que les départs à la retraite dépassent déjà les nouvelles entrées sur le marché du travail, un déséquilibre qui devrait perdurer jusqu’en 2030.
C’est dans ce contexte que l’Institut du Québec (IDQ) et le Comité consultatif pour les travailleuses et travailleurs âgés de 45 ans et plus (CC45+) publient le rapport Les enjeux cachés de la mi-carrière : Portrait des travailleuses et travailleurs québécois de 45 ans et plus, réalisé avec la participation du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale.
« Nos décisions professionnelles après 45 ans dépendent de deux facteurs principaux : ce qu'on peut faire (nos compétences, les emplois disponibles, notre épargne-retraite) et ce qu'on veut faire (notre satisfaction au travail, nos aspirations, notre santé), explique Emna Braham, présidente-directrice générale de l’IDQ. Ces éléments s’influencent mutuellement et créent des parcours uniques où chaque choix - changer d'emploi, continuer à travailler ou prendre sa retraite - résulte d’une situation personnelle particulière. »
Endettement et santé : quand travailler devient une obligation
L’endettement croissant des Québécois pèse sur les décisions de carrière. La dette médiane des 45-54 ans a triplé entre 2005 et 2023, et plus de la moitié (55 %) de ces personnes ont encore un prêt hypothécaire. Ce contexte pousse plusieurs à prolonger leur vie active par nécessité plutôt que par choix.
Les inégalités se creusent entre les ménages : les plus aisés peuvent choisir leur moment de retraite, tandis que d’autres travaillent pour subvenir à leurs besoins. Les femmes sont particulièrement touchées, leurs rentes de retraite étant 28 % inférieures à celles des hommes. En outre, 12,4 % des Québécoises de 65 ans et plus vivent sous le seuil de faible revenu, contre 9,1 % des hommes.
La santé reste un facteur majeur : bien que les départs pour raisons médicales aient diminué depuis 40 ans, un quart des retraités (26 %) indiquent avoir quitté le marché du travail à cause de problèmes de santé.
Retraite : les femmes partent toujours plus tôt
L’âge moyen de la retraite au Québec s’établit à 64,7 ans, presque au même niveau qu’en Ontario. Cependant, les femmes quittent le marché du travail en moyenne 18 mois plus tôt que les hommes. Près de 34 % d’entre elles prévoient se retirer avant 60 ans, contre 22 % des hommes.
Ces écarts s’expliquent notamment par la triple responsabilité des femmes de 45 à 60 ans : concilier carrière, éducation des enfants et soins aux parents âgés. Pendant la pandémie, elles ont été trois fois plus nombreuses que les hommes à quitter leur emploi pour des raisons familiales, compromettant leur sécurité financière à long terme.
Femmes à mi-carrière : entre plafond de verre et emplois précaires
La génération actuelle de femmes dans la quarantaine et la cinquantaine est la première à avoir massivement accédé à l’enseignement supérieur. Pourtant, malgré leur niveau de scolarité comparable à celui des hommes, elles n’occupent que 34 % des postes de direction dans leur tranche d’âge.
Pour celles moins scolarisées, la deuxième moitié de carrière rime souvent avec précarité : après 55 ans, 32 % des travailleuses occupent des emplois de faible qualité (moins de 15 $/h, peu qualifiés ou instables), comparativement à 23 % des hommes.
Les préjugés sur l’âge, plus dangereux que les robots
« Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les travailleurs de plus de 55 ans ne sont pas particulièrement menacés par l’automatisation, souligne Souleima El-Achkar, économiste principale à l’IDQ et coautrice du rapport. Ils représentent 24 % des emplois à risque, soit une proportion équivalente à leur poids dans la population active. Ce sont davantage les préjugés des employeurs, notamment sur leur capacité d’adaptation, qui limitent leurs perspectives. »
La formation continue apparaît comme un levier essentiel mais sous-utilisé : 44 % des travailleurs de 55 ans et plus se disent prêts à prolonger leur carrière si leur employeur leur offrait de la formation après 50 ans.
« Pour répondre efficacement au défi du vieillissement de la main-d’œuvre, les politiques publiques et les entreprises doivent conjuguer gestion des pénuries et épanouissement professionnel, soutient Emna Braham. L’engagement des travailleurs expérimentés repose sur des besoins concrets : des projets stimulants, de la formation et la reconnaissance de leur valeur. »
À propos de l’Institut du Québec
L’Institut du Québec est un organisme à but non lucratif qui mène des recherches sur les enjeux socioéconomiques du Québec. Il vise à fournir aux décideurs publics et au secteur privé les outils nécessaires pour bâtir une société plus dynamique et prospère.
Ressources et références
Date de parution : 2025-10-08
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Publié par : Mon Index