- Les travailleurs étaient plus nombreux que les postes disponibles en 2025.
- Le secteur manufacturier est resté stable malgré les tarifs américains.
- La population en âge de travailler commencera à diminuer dès 2026.
- L’IA n’a pas encore entraîné de pertes massives d’emplois.
Un marché du travail favorable aux employeurs en 2025
Depuis 2023, le ralentissement économique combiné à une immigration accrue a intensifié la concurrence entre les travailleurs au Québec. Cette situation a contribué à renforcer le pouvoir des employeurs sur le marché de l’emploi. Selon la 10
e édition du bilan de l’emploi publié par l’Institut du Québec, l’année 2025 a été marquée par une relative stabilité, sans vagues majeures de licenciements ni précarisation généralisée.
Le ratio de candidats par poste est demeuré élevé, atteignant environ 2,5 travailleurs pour chaque emploi disponible. Malgré ce contexte, le taux de chômage est resté relativement stable, passant de 5,5 % à 5,3 % entre décembre 2024 et décembre 2025.
Des tarifs américains moins dévastateurs que prévu
La guerre tarifaire avec les États-Unis a suscité de nombreuses inquiétudes, notamment pour le secteur manufacturier québécois, fortement tourné vers l’exportation. Toutefois, l’impact réel sur l’emploi s’est révélé plus modéré qu’anticipé.
Le niveau d’emploi manufacturier est demeuré stable, affichant une légère hausse de 0,4 % sur un an. Cette résilience s’explique en partie par des tarifs moins élevés que prévu et par la diversification des marchés d’exportation. Plusieurs employeurs ont également hésité à procéder à des licenciements, craignant de ne pas pouvoir recruter à nouveau en cas de reprise.
Certains secteurs plus dépendants du marché américain ont toutefois subi des pertes importantes, notamment la fabrication de vêtements, l’industrie forestière et le cinéma, où l’emploi a reculé de 5,1 %.
Un tournant démographique historique en vue
Au-delà des fluctuations économiques, c’est surtout la démographie qui façonne l’avenir du marché du travail québécois. Le vieillissement de la population et des politiques d’immigration plus restrictives ont limité la croissance du bassin de travailleurs à seulement 30 600 personnes en 2025.
Entre 2026 et 2029, la population en âge de travailler devrait diminuer pour la première fois depuis plus d’un siècle. Ce recul pourrait provoquer un renversement du rapport de force, les travailleurs devenant progressivement plus rares.
Dans ce contexte, même une création d’emplois modeste pourrait suffire à maintenir un taux d’emploi stable. Cela signifie que la création d’emplois, longtemps perçue comme un indicateur clé de vitalité économique, pourrait perdre de sa pertinence.
L’intelligence artificielle n’a pas encore bouleversé l’emploi
L’essor rapide de l’intelligence artificielle alimente de nombreuses craintes quant à la disparition d’emplois. Les données pour 2025 ne montrent toutefois pas de remplacement massif des travailleurs.
Certains signaux préoccupants apparaissent néanmoins, notamment pour les jeunes. Dans le secteur des technologies de l’information, les emplois occupés par les moins de 30 ans ont diminué de 10 500 postes depuis 2022, tandis qu’ils ont augmenté chez les travailleurs expérimentés.
Il demeure difficile d’attribuer cette situation uniquement à l’IA, puisque d’autres facteurs ont aussi influencé le marché, comme le ralentissement économique et la fin de certains crédits d’impôt. Par ailleurs, plusieurs secteurs importants, dont l’hébergement, la restauration et la construction, manifestent peu d’intérêt pour l’automatisation et restent relativement protégés pour l’instant.
Des salaires en hausse malgré les tensions
Même si l’année 2025 a favorisé les employeurs, les salaires ont progressé plus rapidement que l’inflation, ce qui indique que les travailleurs ont conservé un certain pouvoir de négociation. Cette augmentation a été particulièrement marquée dans le secteur public, où les salaires ont bondi de 7,5 % sur un an, comparativement à 3,6 % dans le secteur privé.
Ces ajustements ont toutefois entraîné d’importantes tensions sociales. Environ 1,3 million de jours-personnes ont été perdus en raison d’arrêts de travail, principalement dans le secteur public. Les employés réclamaient un rattrapage face à l’inflation et de meilleures conditions, tandis que les employeurs faisaient face à une hausse importante de leurs coûts.
Un marché en mutation pour les années à venir
L’évolution démographique, les transformations technologiques et les incertitudes économiques continueront de remodeler le marché du travail québécois au cours des prochaines années. Si les tendances se confirment, la rareté de la main-d’œuvre pourrait progressivement redonner un avantage aux travailleurs.
Ce possible renversement marque une transition importante après plusieurs années durant lesquelles les employeurs ont bénéficié d’un bassin de candidats abondant. Le Québec pourrait ainsi entrer dans une nouvelle phase où l’attraction et la rétention des talents redeviendront des enjeux centraux.
Source : Institut du Québec